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Questions / Réponses sur les règles du voyage

samedi 9 avril 2005, par Sounna

Question 1 :

Lorsqu’une personne fait un voyage de 100 km vers une région quelconque, lui est-il permis de regrouper et de raccourcir ses prières ?

Réponse :

Lorsqu’une personne fait un voyage d’environ 100 km vers une région quelconque, il lui convient de mettre en pratique les règles du voyage : raccourcissement des prières, rupture du jeûne, regroupement des prières et essuiement des chaussons durant trois jours. En effet, cette distance parcourue est considérée être un voyage. Il en est de même si cette personne fait un voyage de 80 km environ, car cette distance permet de raccourcir les prières selon l’avis de la majorité des savants. [1]

Question 2 :

Nous sommes parfois invités à des fêtes de mariage qui ont lieu près d’un verger éloigné de 50 à 60 km [de notre lieu de résidence]. De plus, il y a un village près de ce verger (à environ 10-15 km). Nos hôtes nous imposent de raccourcir la prière en prétendant que nous sommes en voyage. Pourriez-vous nous conseiller, qu’Allah vous récompense ?

Réponse :

Qu’ils soient d’avis que le voyage est définie par la distance parcourue, ou qu’ils soient d’avis - et c’est celui que nous partageons - que le voyage est définie par l’usage, aucun savant ne considère cette distance parcourue comme étant un voyage. En effet, la coutume locale veut que quiconque fait un aller-retour dans une même journée n’est pas considéré comme voyageur (mis à part une longue distance, telle un aller-retour Ryadh / La Mecque qui est considéré comme un voyage en raison de la longue distance parcourue).

Quant à ce qui a été cité par la personne posant la question, ce n’est pas considéré comme un voyage, ni aux yeux de ceux qui sont d’avis que le voyage est définie par la distance parcourue, ni aux yeux de ceux qui sont d’avis que le voyage est définie par la coutume locale. [2]

Question 3 :

Eminent Cheikh : il y a deux semaines de cela, un frère a posé le problème suivant : il parcourt chaque jour une distance de 70 km puis revient. Doit-il raccourcir la prière ou non ? Je lui ai alors répondu qu’il ne devait pas raccourcir la prière en raison du fait que ce déplacement ne nécessite pas de vivres et de nourriture [à préparer pour emmener avec soi]. Quel est donc votre avis au sujet d’une personne qui - de nos jours - peut aller à Riyadh ou à Dammâm - en voiture ou en avion - puis en revenir en une seule journée sans avoir besoin de prévoir vivres et nourritures ? J’aimerais avoir des détails précis afin d’éviter tout malentendu. Qu’Allah vous en récompense.

Réponse :

Ce qui doit être pris en considération est la coutume locale et non pas l’expérience isolée d’une personne. L’usage veut qu’une personne parcourant 70 km puis revient dans la même journée ne se prépare pas comme il se préparerait pour un voyage. En revanche, une personne qui va à Riyadh, ou à la Mecque ou à Al-Qasîm s’y prépare de façon adéquate. Ainsi il est de coutume de prendre avec soi nourriture, eau et autres récipients. Le fait que le voyage se fasse aujourd’hui en avion ne doit pas être pris en considération. Ce qui doit être pris en considération est la situation des gens du temps du Prophète صلى الله عليه وسلم :
Ils considéraient cette distance comme étant un voyage. De nos jours, une personne peut se rendre à des endroit plus éloignés encore que Riyadh en n’ayant sur lui que l’argent dont il a besoin : Il trouvera là-bas nourriture, hôtels etc... sans avoir à apporter avec lui quoi que ce soit.
Ainsi, ce qui doit être pris en considération est ce dont nous avons parlé en premier [à savoir l’usage]. L’usage veut que lorsque les gens parcourent une distance de 70 km puis reviennent dans la même journée, ils ne préparent rien pour cela et on ne les considèrent pas comme voyageurs. Cependant, s’ils voyagent vers une région distante de 70 km et qu’ils y restent deux ou trois jours, alors ils se prépareront pour cela.

Le problème réside donc dans ce que je viens de décrire, et c’est l’avis d’un groupe de savants. D’autres savants affirment que la distance d’un voyage est définie et la coutume locale ne doit pas être prise en compte. [ Selon ces savants, ] si la distance parcourue est supérieure ou égale à 81 km, le raccourcissement des prières est alors de rigueur. Si la distance est inférieure à cette valeur alors il n’y a pas de raccourcissement à effectuer. Cependant, il n’y a aucune preuve à ce sujet. C’est la raison pour laquelle Cheikh Al-Islâm Ibn Taymiyah - qu’Allah lui fasse miséricorde - a réprouvé cet avis et a affirmé qu’il fallait prendre en considération ce que l’usage considère être un voyage.

Aujourd’hui par exemple, si une personne va à Riyadh le matin et revient en milieu d’après-midi, les gens diront : il a fait un voyage. Si en revanche elle se rend à Rass près de ‘Unayzah puis revient dans la journée, les gens ne diront pas qu’il a fait un voyage. [3]

Question 4 :

Eminent Cheikh : nous sommes un groupe de trois personnes qui parcourons quotidiennement une distance de 70 km. Lors des examens nous revenons [chez nous], mais la prière du Dhohr se présente alors que nous ne sommes pas encore arrivé. Nous est-il permis de raccourcir la prière ou non ?

Réponse :

Si vous parcourez 70 km quotidiennement, vous n’êtes pas considérés comme voyageurs. En effet, un voyageur emporte avec lui des vivres et se prépare pour le voyage. Or cette période et cette distance courtes n’atteignent pas les limites définies par la majorité des savants. Vous n’êtes donc pas considérés comme voyageurs. Vous devez par conséquent compléter vos prières et vous ne pouvez les rassembler. [4]

Question 5 :

Un homme travaille dans un champ dont la superficie est de 300 km². Ainsi il chemine en voiture durant une ou deux heures jusqu’à parcourir tout le champ. Voyez-vous un inconvénient à ce qu’il raccourcisse ses prières ou les regroupent étant dans son champ ?

Réponse :

[Le Cheikh demande :] Ce champ est-il éloigné de la ville ?

[On lui répond :] Oui, il n’est pas dans la ville.

[Le Cheikh :] le lieu de résidence de cet homme se trouve en ville ou dans le champ ?

[On lui répond :] dans le champ.

[Le Cheikh :] ce n’est pas permis. Il se doit d’effectuer ses prières à l’heure , et d’accomplir quatre unités pour les prières concernées. Il ne lui est pas possible de raccourcir [ses prières]. Ce champ doit être considéré comme une ville pour cet homme. [5]

Question 6 :

Il y a beaucoup de parcs de loisirs près de la ville de Riyadh. Est-il permis pour qui se rend à ces parcs de raccourcir et de regrouper les prières ?
A noter que les distances [des différents parcs] varient. En outre, quelle est la distance minimale permettant de raccourcir les prières ?
Et la distance doit-elle être comptée à partir du moment où la personne se rendant à ces parcs quitte sa demeure ou à partir des dernières constructions de la ville ?
Et si ce déplacement a pour but les loisirs et les divertissements, est-ce considéré comme un voyage permettant le raccourcissement et le regroupement des prières ? Qu’Allah vous récompense.

Réponse :

Ceci n’est pas considéré comme un voyage. En effet, ceux qui se rendent à ces parcs de loisirs ne se considèrent pas comme voyageurs. Et même en adoptant l’avis stipulant que la distance permettant le raccourcissement des prières se compte en kilomètres, c’est à partir des limites de la ville que le décompte doit se faire. Si donc ils s’éloignent des limites de la ville de la distance envisagée en kilomètres [81 km], ils se devront de raccourcir leurs prières, même si leur séjour en cet endroit est court. [6]

Question 7 :

Eminent Cheikh : un groupe de personnes sont sortis de chez eux pour se promener à pied dans la nature. Leur est-il permis de raccourcir la prière ?

Réponse :

Si une personne quitte sa ville pour effectuer des transactions commerciales, pour rechercher la science, pour effectuer une ‘Umrah ou un Hadj , pour chasser, pour se changer les idées ou autres raisons, elle est considérée comme étant en voyage. En revanche, une personne qui sort le matin pour se promener à pied puis revient le soir n’est pas considéré comme voyageur. [7]

Question 8 :

Eminent Cheikh : nous organisons des campements dans le désert. Quelle est la distance permettant de ne pas avoir à aller chercher de l’eau si elle venait à manquer, et impliquant ainsi d’effectuer l’ablution pulvérale ?

Réponse :

Les personnes qui sont dans le désert et qui n’ont pas d’eau sont excusées et peuvent ainsi effectuer l’ablution pulvérale, à condition qu’il leur soit difficile de trouver de l’eau. Toutes ces considérations dépendent de la coutume locale ou usage. Ainsi ce qui est considéré par les gens comme étant éloigné est éloigné. Et ce qui est considéré par les gens comme étant proche est proche. Il n’y a donc pas de limite légale. Le cas que vous avez cité - à savoir une distance de 10 minutes en voiture - est à mes yeux une distance éloignée, surtout en prenant en compte le fait que le chemin est sableux. [8]

Question 9 :

Nous sommes un groupe de jeunes travaillant ou étudiant dans la ville d’Al-Qasîm. Nous retournons chez nos familles tous les week-end et jours fériés. Eminent Cheikh : à partir de quand est-on considérés comme voyageurs pour mettre en pratique les facilités du voyage, que ce soit dans la ville d’Al-Qasîm ou chez nous ? Et nous est-il permis - si nous nous considérons voyageurs en étant à Al-Qasîm - de prier en groupe dans nos demeures et de raccourcir nos prières même si l’on entend l’appel à la prière ?
D’ailleurs existe-t-il une limite de temps ou de distance permettant de raccourcir les prières ?

Réponse :

La personne qui quitte sa famille pour une autre région afin d’étudier est en réalité un habitant de la première région, c’est-à-dire de sa ville d’origine... sauf s’il formule l’intention de se rendre dans la deuxième région et de s’y installer. Si donc il formule l’intention de se rendre dans la deuxième région et de s’y installer, son retour à sa région d’origine est considéré comme un voyage.

En revanche, s’il considère la seconde région comme un lieu de séjour temporaire lié à une mission particulière qui, lorsqu’elle s’achèvera, lui permettra de rentrer chez lui, il est considéré comme voyageur [dans cette seconde région], et ce quelle que soit la durée de son séjour, déterminée ou non. Ainsi, [il est considéré comme voyageur] tant que sa présence est liée à une chose particulière qui, lorsqu’elle s’achèvera, lui permettra de rentrer chez lui.

Cependant, s’il vit dans une ville où la prière en groupe [dans les mosquées] est de rigueur, il se doit d’y assister et il ne lui est pas permis de la délaisser alors qu’il vit à proximité des mosquées.
D’ailleurs, l’avis répandu parmi certains musulmans stipulant que la prière en groupe n’est plus obligatoire pour le voyageur est en contradiction avec l’avis authentique car Allah le Très Haut a dit :
« Ô vous qui avez cru ! Quand on appelle à la Salat du jour du Vendredi, accourez à l’invocation d’Allah et laissez tout négoce. Cela est bien meilleur pour vous, si vous saviez ! » [9] .
Et le voyageur fait sans aucun doute partie des croyants. Il est donc obligatoire d’être présent à la prière [à la mosquée].
Le Prophète صلى الله عليه وسلم a dit : « Quiconque entend l’appel à la prière et ne se rend pas à la mosquée [litt : et n’y répond pas] verra sa prière annulée sauf excuse valable » [10].
Un voyageur qui réside dans un pays où l’appel à la prière est effectué entendra donc l’appel et se devra alors d’assister à la prière [en groupe dans la mosquée]. Le voyageur n’est donc pas déchargé de la prière en commun.
En effet, Allah a ordonné au Prophète صلى الله عليه وسلم de diriger les musulmans dans leur prière durant leurs voyages et pendant les batailles :
« Et lorsque tu (Muhammad) te trouves parmi eux, et que tu les diriges dans la Salat, qu’un groupe d’entre eux se mette debout en ta compagnie, en gardant leurs armes » [11].
Bien sûr, si tu n’arrive pas à temps pour la prière en commun et que tu pries seul, tu peux raccourcir ta prière. Partant, il n’est pas permis au groupe de personnes [cité dans la question] de prier chez eux alors qu’ils vivent à proximité des mosquées. Il est obligatoire pour eux de prier dans les mosquées, et c’est là notre avis sur la question.

Cependant, beaucoup de savants affirment que si un individu a l’intention de séjourner une période définie et limitée en un endroit, il n’est alors plus considéré comme voyageur. Certains de ces savants limitent cette période à quatre jours, d’autres à quinze, d’autres à dix-neuf... plus de vingt avis existent à ce sujet.
Néanmoins, tout avis non appuyé par une preuve ne doit pas être pris en considération.
En effet, le Prophète صلى الله عليه وسلم a-t-il défini une période pour la communauté musulmane qui si un individu désire séjourner plus longtemps, perd sa qualité de voyageur ou la conserve dans le cas contraire ?
Ceci nécessite une preuve.
Or, que je sache, il n’y a aucune preuve stipulant que le Prophète صلى الله عليه وسلم a défini une période. Ainsi toute personne dont le séjour est conditionné par une mission qui, si elle se termine, lui permettra de rentrer cher lui, doit être considéré comme voyageur et non pas comme résident. En effet, si on lui pose la question : es-tu résident ? Il répondra : pas du tout, je séjourne ici pour une mission particulière et dès qu’elle se termine je rentrerai chez moi. [12]

Question 10 :

Si une personne se rend dans une ville et que la durée de son voyage est de quatre ans, doit-il raccourcir sa prière ?

Réponse :

Cette question est sujette à divergence entre les savants : y a-t-il une période déterminée qui si elle est dépassée fait perdre à la personne sa qualité de voyageur ? Ou bien doit-on considérer l’individu comme voyageur tant qu’il est loin de sa région d’origine et ce même si la durée de son voyage est longue ?
L’avis le plus juste est le second. En effet, si une personne ne désire pas résider définitivement en une région mais y séjourner pour poursuivre ses études, se soigner ou autre, et qu’elle a l’intention de retourner chez elle dès que sa mission est remplie, elle est alors considérée comme voyageur. Néanmoins, si cette personne vit dans une région où la prière en commun est accomplie [dans les mosquées], elle se doit d’y assister et de prier avec les gens. Il en est de même pour la prière du Vendredi. Il ne lui est donc pas permis de manquer la prière en commun ou la prière du Vendredi. Dans ce cas, elle complètera ses prières car elle sera dirigé par un Imâm qui les prie complètement. [13]

[1] Cheikh Ibn Bâz Al-Fatâwâ - Kitâb Ad-Da’wah vol.2 p.139
[2] Cheikh Ibn ‘Uthaymîn Al-Fatâwâ - Kitâb Ad-Da’wah vol.1 p.130
[3] Cheikh Ibn ‘Uthaymîn Liqâ Al-Bâb Al-Maftûh n°17 p.27
[4] Cheikh Ibn ‘Uthaymîn Liqâ Al-Bâb Al-Maftûh n°14 p.59
[5] Cheikh Ibn ‘Uthaymîn Liqâ Al-Bâb Al-Maftûh n°14 p.59
[6] Cheikh Ibn ‘Uthaymîn Al-Fatâwâ - Kitâb Ad-Da’wah vol.1
[7] Cheikh Ibn ‘Uthaymîn Liqâ Al-Bâb Al-Maftûh n°15 p.43
[8] Cheikh Ibn ‘Uthaymîn Liqâ Al-Bâb Al-Maftûh n°2 p.13
[9] Sourate Al-Djumu’ah verset 9
[10] Rapporté par Ibn Mâdjah n°793 Chapitre des mosquées. Rapporté aussi par Al-Hâkim dans son Mustadrak (1/245), hadith au sujet duquel il a dit : « Authentique selon les conditions de Bukhârî et Muslim » authentification approuvée par Adh-Dhahabi. Voir Aussi Irwâ Al-Ghalîl (2/337)
[11] Sourate An-Nisâ verset 102
[12] Cheikh Ibn ‘Uthaymîn Liqâ Al-Bâb Al-Maftûh n°2 p.47
[13] Cheikh Ibn ‘Uthaymîn Liqâ Al-Bâb Al-Maftûh n°14 p.18

Information

Source : fatwas de Cheikh Ibn Bâz et Cheikh Al-’Uthaymîn tirés de Kitâb Ad-Da’wah et Liqâ Al-Bâb Al-Maftûh.

Traduit par Abu Talha.