Le 10 mai 2007, par Sounna,
Tous les pays islamiques ne sont pas sur le même pied d’égalité quant à la localisation des foyers de développement de l’innovation religieuse.
Le Sheikh Al Islâm Ibn Taymiyya (Qu’Allah lui fasse miséricorde) dit ainsi à ce sujet : [salaf]« Les principales régions où vécurent les Compagnons du Prophète صلى الله عليه وسلم et qui constituèrent les berceaux de la science et de la foi sont au nombre de cinq : Les deux villes saintes, les deux Irak et le Shâm. C’est en effet là que se situe la source [des sciences] du Coran, du hadith, de la jurisprudence, de l’adoration et des autres disciplines islamiques. Toutes ces régions, en dehors de Médine, virent l’apparition d’innovations touchant les fondements de la religion. Ainsi, c’est à Kûfa que le chiisme et [les thèses] d’Al Irjâ’ virent le jour avant de se diffuser ensuite dans les autres contrées [du monde musulman].
Basra fut, elle, le berceau des innovations liées à la prédestination, à l’I‘tizâl et à certaines hérésies dans l’adoration, innovations qui se diffusèrent là encore dans le reste du monde islamique par la suite.
La région du Shâm fut le lieu d’expression du Nasb et de l’innovation liée à la prédestination. Quant au Tajahhum, il apparut dans la région du Khurâsân, et c’est la pire des innovations.
L’apparition des innovations dans une région était fonction de l’éloignement relatif de celle-ci par rapport à la ville du Prophète صلى الله عليه وسلم. Ainsi, lorsque la division engendrée par l’assassinat du Calife ‘Uthmân (Puisse Allah l’agréer) favorisa l’émergence de l’innovation des Harûriyya [2], Médine fut épargnée de ces hérésies. On y trouvait certes des gens qui s’adonnaient, en se dissimulant, à certaines pratiques innovées -notamment des adeptes de la secte des Qadariyya- mais ceux-ci y étaient méprisés et blâmés. Et ce, à l’inverse des différents mouvements que furent le chiisme et l’Irjâ’ à Kûfa, de l’I‘tizâl et des rites innovés à Basora, ou du Nasb dans le Shâm qui s’exprimaient au vu et au su de tous. Il a d’ailleurs été authentiquement rapporté de la part du Prophète صلى الله عليه وسلم que le Faux Messie (Ad-Dajjâl) n’y entrerait pas [3]. Médine fut en outre, jusqu’à l’époque des compagnons de l’Imâm Mâlik (Qu’Allah lui fasse miséricorde), c’est-à-dire au quatrième siècle de l’hégire, un lieu où la science et la foi [authentique] prédominaient. Et durant toute la période des trois siècles bénis, absolument aucune innovation ne s’y manifesta au grand jour. »[/salaf]
« Et certes, ceci est Mon chemin dans toute sa rectitude. Suivez-le donc et ne suivez pas les [autres] sentiers, car ceux-ci vous écarteraient de Sa voie… » [4]
Le Prophète صلى الله عليه وسلم nous a d’ailleurs clairement indiqué la signification de ce verset dans le hadith suivant, rapporté par Ibn Mas‘ûd (Puisse Allah l’agréer) qui a dit : « Le Messager d’Allah صلى الله عليه وسلم nous traça une ligne et nous dit : ‘‘Ceci est la Voie d’Allah.’’ Puis, il traça, à droite et à gauche de cette ligne, plusieurs autres traits dont il dit : ‘‘Et voilà des sentiers. A la tête de chacun d’entre eux se tient un diable qui invite [les gens] à le suivre.’’ Et de réciter alors : ‘‘Et certes, ceci est Mon chemin dans toute sa rectitude. Suivez-le donc et ne suivez pas les [autres] sentiers, car ceux-ci vous écarteraient de Sa voie. Voilà ce qu’Il vous enjoint ; ainsi [Le] craindrez-vous.’’ » [5] Dés lors, quiconque se détourne du Livre et de la Sunna sera ballotté entre les différentes voies de l’égarement de l’innovation qui se disputeront son adhésion.
On peut résumer les facteurs qui conduisent à l’apparition de l’innovation dans les points suivants : l’ignorance des prescriptions de la religion, l’attachement aux passions, le fanatisme à l’égard des opinions et des personnes, la ressemblance aux mécréants et leur imitation.
« Mais s’ils ne te répondent pas, sache alors qu’ils ne font que suivre leurs passions. Or, qui est plus égaré que celui qui suit sa passion sans une guidée de la part d’Allah ? » [8]
« Vois-tu celui qui prend sa propre passion comme divinité ? Allah l’égare sciemment et scelle son ouïe et son cœur et étend un voile sur sa vue. Qui donc pourrait le guider après Allah ? » [9]
Les innovations ne sont donc finalement que le fruit de l’attachement aux passions.
« Lorsqu’on leur dit : ‘‘Suivez ce qu’Allah a fait descendre.’’, ils disent : « Nous suivons plutôt les coutumes de nos ancêtres.’’ » [10]
Or, ceci s’applique en tous points à certains adeptes d’école de jurisprudence, du soufisme ou de l’adoration des tombes. Dès lors qu’on les invite à suivre la voie du Livre et de la Sunna et à rejeter tout ce qui les contredit, ils se justifient en s’appuyant sur leur école, leur cheikhs ou leurs ancêtres.
Ce hadith nous montre donc que c’est la volonté de ressembler aux mécréants qui amena les Juifs à présenter cette répugnante demande [à leur Prophète], à savoir : de leur instituer une divinité qu’ils auraient pu adorer et dont ils auraient pu rechercher les bénédictions en dehors d’Allah. Et c’est exactement ce qui se passe aujourd’hui, puisqu’une grande majorité des musulmans imitent les mécréants dans l’instauration de pratiques relevant de l’innovation ou de l’associationnisme.
Citons ici, entre autres : les fêtes de commémoration de certains anniversaires, l’assignation de jours ou de semaines pour des actions spécifiques, la célébration de certaines occasions religieuses et de cérémonies de souvenir, l’édification de statues et autres mémoriaux, sans oublier toutes les pratiques innovées liées aux offices funéraires ainsi que l’édification de constructions sur les tombes. »
Source : |
Extrait de l’ouvrage : « Al Irshâdu Ilâ Sahîhi-l-I‘tiqâd Wa-r-Raddu ‘Alâ Ahli-sh-Shirki Wa-l-Ilhâd. » |
Auteur : |
Sheikh Sâlih ibn Fawzan ibn ’abdillah al fawzân |
Traduction : |
L’équipe de Sounna.com. |
[1] Rapporté par Abû Dâûd, At-Tirmidhî et Ibn Mâjâ, ce hadith est authentique.
[2] Autre appellation donnée aux Khawârij. (Le Traducteur)
[3] C’est-à-dire : à Médine. (Le Traducteur)
[4] Coran S6 V153.
[5] Rapporté, entre autres, par Ahmad, Ibn Hibbân et Al Hâkim
[6] Tiré d’un hadith rapporté par Abû Dâûd et At-Tirmidhî qui l’a jugé : « Hasan-Sahîh »
[7] Cf : « Sahîh Ibn Hibbân ».
[8] Coran S28 V50.
[9] Coran S45 V23.
[10] Coran S2 V170
[11] Rapporté par At-Tirmidhî qui l’a jugé authentique.